L'EXIL

 


L’exil commence toujours par un déchirement,

Un départ qu’on n’a pas choisi,

Un dernier regard derrière soi

Comme si le monde s’effondrait en silence.


On laisse derrière nous des voix, des rires, des rues,

Des souvenirs qui brûlent encore la poitrine,

Et on avance, le cœur serré,

Vers un lieu qu’on ne connaît pas.


C’est une séparation brutale, presque irréelle,

Comme si on se détachait de sa propre ombre,

Sans savoir si elle nous suivra encore

Dans la lumière du lendemain.


L’exil, c’est marcher avec des valises trop lourdes,

Pas seulement celles entre les mains,

Mais celles qu’on porte dans le cœur,

Plein de choses qu’on n’a pas pu dire.


C’est quitter la maison qui nous a vu grandir,

Les murs qui connaissent notre nom,

Les lieux qui savent tout de nous

Et qui restent derrière comme des fantômes doux.


Dans l’exil, la nuit tombe différemment,

Plus froide, plus étrangère,

Et chaque étoile ressemble à un souvenir

Qu’on essaie d’attraper sans y parvenir.


On apprend à retenir ses larmes,

À ne pas montrer la peur,

Parce que tout semble fragile autour de nous,

Comme si tout pouvait casser au moindre souffle.


L’exil, c’est chercher sa place

Dans un monde qui ne connaît pas notre histoire,

Et se sentir si petit

Que même sa propre voix semble étrangère.


C’est parler une langue qui n’est pas la nôtre,

Avec la gorge serrée et les mots coincés,

Cherchant à dire “je suis là”

Sans jamais être sûr d’être compris.


C’est se réveiller chaque matin

Avec ce doute immense dans la poitrine :

Est-ce que j’ai vraiment fait le bon choix,

Ou ai-je simplement fui ma vie ?


L’exil, c’est cette impression d’être perdu,

Même au milieu d’une foule,

De marcher dans un bruit constant

Sans jamais entendre son propre cœur.


C’est repenser à son pays comme à un rêve,

Un rêve trop vivant pour être oublié,

Mais trop lointain pour être touché,

Alors on le garde comme un trésor blessé.


L’exil, c’est la faim de ce qu’on a laissé,

La faim des voix familières,

De la chaleur d’une main connue,

Du parfum de son enfance.


C’est avancer avec un masque invisible,

Celui qui dit “je vais bien”,

Alors qu’à l’intérieur,

Tout se fissure encore.


L’exil, c’est une blessure qui ne saigne pas,

Mais qui fait mal à chaque pas,

À chaque souvenir,

À chaque silence trop long.


C’est apprendre à rire alors qu’on veut pleurer,

À sourire quand le cœur chavire,

À dire “ça va”

Quand tout en soi appelle à l’aide.


C’est savoir que personne ne comprend vraiment

Le poids que tu portes,

Ce poids fait de nostalgie,

D’amour perdu et de rêves restés en arrière.


L’exil transforme les jours en combats,

Les nuits en jugement,

Et l’avenir en question

Que personne ne peut répondre.


C’est regarder un ciel nouveau

Et se demander où est le tien,

Où est ta place,

Où est ton foyer.


L’exil, ce n’est pas seulement partir,

C’est être arraché à soi-même,

Et chercher, dans chaque pas tremblant,

Une raison de continuer.


Mais avec le temps, une lumière naît,

Fragile d’abord, puis plus claire,

Comme si l’exil t’apprenait à respirer

Avec un autre rythme.


Tu découvres une force en toi,

Une force que tu ignorais,

Celle de ceux qui survivent,

Qui tombent mais se relèvent.


L’exil t’apprend la patience,

La résistance, le courage,

Et la grandeur de ceux

Qui continuent malgré la peur.


Tu apprends que ton identité

N’est pas un lieu, mais une flamme,

Et que cette flamme

Ne s’éteint jamais vraiment.


Tu trouves de nouvelles routes,

De nouveaux visages,

De nouveaux rêves

Qui reconstruisent ton monde autrement.


L’exil t’ouvre les yeux

Sur ce que tu étais incapable de voir :

Ta valeur, ta résilience,

Ta capacité à renaître.


Tu deviens témoin de toi-même,

De ta propre transformation,

Du chemin que tu as traversé,

Même quand il était trop sombre.


L’exil t’apprend que la douleur change,

Qu’elle peut devenir une force,

Une racine nouvelle

Plantée dans un autre sol.


Tu comprends que tu n’as pas seulement perdu,

Tu as aussi gagné :

La maturité, la sagesse,

Et la puissance de ceux qui ont survécu.


Alors, un jour, tu lèves les yeux

Et tu réalises que tu n’es plus brisé :

Tu es devenu quelqu’un

Que même l’exil n’a pas pu détruire.


                   DONALD LE RÊVEUR D'ENCRE 


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